Un voyage de mille lieues commence par un premier pas. (Lao-Tseu)
- voyagesolidaire
- 20 oct. 2020
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Depuis les années 1980, on parle de tourisme responsable, associé à la notion de durable. Comme dans les autres secteurs économiques, principalement alimentaire et vestimentaire, certains professionnels du tourisme commencent alors à développer des réflexions intégrant une responsabilité éthique, avec une nouvelle morale des affaires qui dépasserait l'intérêt personnel.
Cette prise de conscience émane-t-elle de clients alimentés ou vêtus de bio, désireux d’imposer leurs exigences à l’ensemble de leur consommation, ou provient-elle d’études marketing, concentrées sur les expériences touristiques, les valeurs éthiques, les attitudes comportementales qui auraient poussé des professionnels du tourisme à reconsidérer leurs méthodes ?

Les ``consommateurs verts'‘, acteurs de changement, certes peu nombreux, mais militants convaincus et convaincants, auraient-ils pu peser sur les modes de production, poussant les professionnels à façonner et conditionner leurs programmes en respectant leurs convictions éthiques ? Les choix de ces professionnels tiennent-ils compte de la « responsabilité sociale des entreprises » ou reflètent-t-ils un bon sens commercial, opportunisme à durée limitée ?
En fait, est-il plus confortable de chercher à séduire un « consommateur éthique » aux valeurs environnementales affirmées ou de répondre aux besoins d’un patron, d’une collectivité ou d’une communauté en manque de pratiques pour appliquer leurs idées de « responsabilité sociale des entreprises » ?
De même, et parce que la différence et entre la théorie et la pratique, c’est justement la pratique, l'écart se creuse entre la rhétorique et le potentiel réel du tourisme responsable. On peut s’interroger sur les questions éthiques et morales qui lui sont liées, envers qui, pour quoi et surtout par qui ? Il est ainsi plus facile pour un organisme territorial de prôner de telles valeurs, la rentabilité n’étant pas leur principale préoccupation, tandis qu’un voyagiste pour distancer ses concurrents, devra s’engager sur la quantité et essorer ses fournisseurs. Les valeurs environnementales s’opposent à la toute-puissance du tourisme industriel, les attentes et le comportement de certains vacanciers constituant intrinsèquement le frein à des pratiques plus responsables.

Certains pensent que l'intérêt croissant pour une consommation éthique (touristique entre autres) résulterait d’un effondrement des alternatives perçues au capitalisme, un rejet croissant de la politique traditionnelle de la classe sociale et des partis politiques. Agir individuellement au niveau de sa consommation quotidienne permettrait d'exprimer des aspirations au changement social. Ces nouveaux mouvements sociaux chantres d’une consommation (et donc d’un tourisme) durable rejettent les dominations collectives « traditionnelles » tels que syndicats et partis politiques. Si trois blogueurs et deux influenceurs suffisent à lancer une mode, ils peuvent aussi briser une réputation.
Nous préférons partir du principe qu'il est plus efficace de chercher à porter des améliorations à petite échelle, plutôt que de lutter pour un changement sociétal qui peut s’avérer difficile, voire improbable, parce que fondamentalement critique et trop radical pour parvenir à des améliorations substantielles aux plans politique, économique et social. A une position radicale qui implique des défis éthiques et politiques, nous choisissons une option réformiste qui permet de reconsidérer certaines conceptions de notre consommation quotidienne et de commencer par un premier pas.
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